Vie de saint Theudère par saint Adon
Traduction de l'abbé Varnet
Les pages qui suivent sont des extraits de Saint Theudère et son abbaye de Saint-Chef, étude historique par l'abbé Varnet, troisième édition - Grenoble, Baratier frères et Dardelet, imprimeurs-libraires, 1873.
L'abbé Varnet écrivit une première Notice sur saint Theudère éditée en 1859 et suivie de 14 articles sur le même sujet publiés dans la Semaine religieuse de Grenoble. L'ouvrage de 1873 est une synthèse de toutes ses recherches ; l'abbé traduit le chapitre consacré à la vie de saint Theudère écrite par saint Adon, évêque de Vienne ( Vita S. Theuderii abbatis Viennae in Gallia in Acta sanctorum ordinis S.Benedicti, de L. d'Achery et J. Mabillon, 1733), en accompagnant sa traduction d'un commentaire critique qu'il expose lui-même : « Reprenons cette page imparfaite, passage par passage, et nous essayerons d'en combler les lacunes, d'en expliquer les difficultés, de suppléer à l'insuffisance des notions topographiques, en indiquant les lieux selon que nos recherches nous les ont fait connaître ; et enfin, d'en concilier les passages qui semblent contradictoires ».
On ne trouvera ici que la traduction sans les commentaires.
Pour en faciliter la lecture en regard avec le texte latin, ont été rajoutés des numéros correspondant aux divisions du texte latin.
« Adon, évêque de Vienne, à nos frères réunis dans le monastère de Saint-Theudère, salut éternel en N.-S. J.-C..
Mon dessein est d'entretenir votre piété et de la vie et des vertus de votre bienheureux père Saint Theudère, afin d'exciter de plus en plus en vos âmes, par l'autorité de ses exemples, le désir de la béatitude éternelle.
Puissiez-vous devenir les dignes émules, les imitateurs fidèles de celui dont vous avez le bonheur, à ma grande joie, d'être les enfants spirituels.
Voici donc quelle fut l'origine, quelle a été la vie de ce saint homme.
1. Theudère vit le jour dans la province viennoise ; ses parents, illustres selon le monde, lui destinaient un riche patrimoine ; mais dès son enfance il se mit à soupirer de tout son cœur après les biens que nos yeux ne peuvent voir. Et comme il possédait certains biens de provenance patrimoniale, il se hâta, voulant devenir parfait disciple de Jésus-Christ, de se dépouiller de tout en faveur des pauvres, pour acquérir le centuple promis en ce monde et l'éternelle béatitude en l'autre. S'étant donc dégagé de tout lien temporel et ayant quitté l'habit séculier, il se met en mesure de se rendre au monastère de Lérins, afin de servir Dieu en toute perfection. (…)
2. Il quitta donc sa famille, et, s'abandonnant tout entier à l'esprit de Dieu, il conçoit l'idée de se rendre d'abord à Arles où vivait alors l'évêque saint Césaire ; il espérait que, guidé et encouragé par les sages avis de ce prélat, il se dirigerait plus sûrement vers l'île des saints religieux. Mais le Dieu tout-puissant, sans la volonté duquel rien ne se fait ici-bas, disposa ainsi les choses, que le Bienheureux dût céder aux désirs de Césaire et se fixer dans sa ville épiscopale. On rapporte que, sitôt qu'ils se virent, ces deux hommes de Dieu se saluèrent par leurs propres noms, et que bien qu'ils eussent été jusque-là étrangers l'un à l'autre, ils se comprirent si bien et se prodiguèrent de si touchants témoignages d'estime et d'affection, que ceux qui en furent les témoins ne doutèrent pas qu'ils ne fussent admis à une sainte familiarité avec le ciel, avant-goût de cette félicité inénarrable où tous se verront dans la pleine lumière de la vérité, alors qu'il nous sera donné de contempler, non plus comme dans un miroir et à travers un voile, ce Dieu qui illumine les plus épaisses ténèbres et manifeste tous les secrets des cœurs. (…)
3. Tout joyeux de la rencontre qu'il vient de faire, et glorifiant Dieu des dons éminents de la grâce dont il voit ce jeune homme favorisé, Césaire lui dit : « Enfant de Dieu, ne te refuse pas à mes désirs, et le Seigneur comblant les vœux de ton cœur, te remplira de son amour. Demeure auprès de nous, soumis à la règle imposée aux aspirants au sacerdoce, - ecclesiastico ordini subditus ; - avec la grâce de Dieu, tu te montreras fidèle aux prescriptions que nous t'aurons fait connaître, et remplissant tes devoirs avec mansuétude et humilité, tu ne te verras point refusée cette gloire enviable que l'Esprit-Saint communique à ses élus » (Eccl., 3, 19). Le Saint répondit : « Je sais, vénéré père, que le Seigneur a dit aux siens : qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise, me méprise ; je me garderai donc de vous désobéir. Vos paroles, au contraire, seront pour moi comme les ordres de Dieu lui-même. » Et le Bienheureux, puisque tel était le désir du saint prélat, se fixa dans la cité arlésienne. Là, répandant nuit et jour son âme devant Dieu dans le jeûne et la prière, il devint de plus en plus cher au pieux pontife, en même temps qu'il faisait l'édification des fidèles et la joie des bienheureux qui jouissent de la félicité éternelle. (…)
4. Quelque temps s'écoule, et Césaire, désireux de l'enrôler dans la milice sacerdotale, lui confère d'abord le diaconat, non sans avoir lutté contre bien des scrupules qui naissaient, chez le Saint, de sa profonde humilité, puis, après le temps voulu, faisant droit aux vœux du clergé et du peuple, il lui donna l'onction sacerdotale. Theudère reçut cette dignité et avec une ferveur si grande, qu'il faisait l'admiration de tous par la piété qu'il montrait dans l'accomplissement de ses fonctions, et par de si profonds sentiments d'humilité, qu'il se fût soumis, lui, l'élu de Dieu, à ceux de ses frères qui étaient aux plus bas emplois. C'est qu'il méditait sans cesse ces paroles du Seigneur : Celui qui s'abaisse sera élevé, et cette autre non moins salutaire : Autant vous êtes élevé au-dessus de vos semblables, autant devez-vous, si vous aspirez aux faveurs de l'Esprit-Saint, vous humilier en toutes choses (Eccl. 3, 20).
Un certain temps s'étant écoulé encore, l'homme de Dieu conçut le désir de revoir son pays natal et de consoler sa famille. Il en ouvrit son cœur au saint prélat, le priant de bénir son départ et son retour, mais Césaire en conçut aussitôt un profond chagrin. Cependant, comprenant bientôt qu'il ne pouvait s'opposer à un désir si légitime, il lui donna, maîtrisant l'amertume de ses regrets, le consentement demandé. Puis on vit le Bienheureux, comblé des bénédictions de son père spirituel, sortir de la ville au milieu d'une grande affluence de prêtres et de fidèles qui réclamaient leur saint avec larmes, et parvenant à peine, pour se mettre en route, à s'arracher au regret de la foule. (…)
5. Arrivant non loin de la ville de Vienne, il se mit à chercher avec ardeur un lieu propice pour y élever une cellule qu'il pût habiter. (…)
6. Cherchant donc un lieu de retraite qui lui convînt, l'Homme de Dieu en trouva enfin un à sa convenance non trop loin de la ville. Il se mit à y construire un oratoire en l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sous le vocable de saint Eusèbe, évêque de Verceil et martyr. Mais il arriva que les fondations jetées, le coteau qui s'élève et domine la nouvelle construction, se fendant et laissant voir une profonde fissure, fait courir à l'édifice commencé le risque d'être enseveli sous un éboulement considérable. À la vue de ce péril, l'Homme de Dieu se met en prière, levant les mains vers Celui qui a dit aux siens : Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à la montagne : « va à la mer, et elle s'y jetterait. » Aussitôt, chose merveilleuse ! L'éboulement se produit en effet, mais trompant les lois de la nature, il se dirige dans un sens oblique et laisse les constructions intactes. L'édifice achevé, le Bienheureux place dans l'autel les reliques des Saints.
Puis, l'Homme de Dieu se promenant sur le bord de la Jaïre roulait dans sa pensée le projet d'y élever un monastère où de saints religieux se voueraient au service du Seigneur. Un sommeil subit s'empare de lui et une voix céleste le prévient que ce lieu-là même où il repose et qui est arrosé par le paisible courant, est l'emplacement même où il doit élever une basilique en l'honneur du martyr saint Symphorien. Le Bienheureux se met à l'œuvre sur-le-champ, et, l'édifice construit, il y place l'ameublement convenable et s'occupe d'y réunir un essaim de moines.
Or, la réputation de sainteté de l'Homme de Dieu dont l'éclat grandissait de jour en jour, se propageait de loin en loin, car le Seigneur ne souffrait pas qu'une si vive lumière restât cachée sous le boisseau.
7. Un grand nombre de pèlerins accouraient donc auprès de lui ; parmi eux il vit un jour son frère Arvus et quelques autres membres de sa famille, amenés par le désir de le revoir. Il les embrassa avec une tendre affection, et les entretenant avec une onction toute paternelle, il s'efforçait d'embraser leur cœur du désir des éternelles rémunérations.
Enflammé d'un nouveau zèle et tout rempli de l'esprit de Dieu, Theudère se rend au castrum Alarona, et là, pressé du désir de fonder un nouveau monastère, il élève un oratoire en l'honneur de saint Pierre, prince des apôtres. Pour quelque temps, il se fixa en ce lieu, se consumant en de saintes oraisons et en des veilles prolongées.
Enfin, le Bienheureux se rend dans le bourg et la villa de ses parents, connue sous le nom d'Assise, où se trouvait un oratoire construit par sa famille sous le vocable de saint Maurice, martyr. Là, il suppliait nuit et jour le Dieu tout-puissant qu'il daignât lui faire connaître un lieu favorable où il pût établir de fervents religieux. Un ange lui apparut donc pendant son sommeil et lui désigna le Val-Rupien comme le local convenable à l'exécution de son projet.
Ce lieu était alors une forêt profonde, remplie de toutes sortes de bêtes et de reptiles venimeux. S'étant réveillé, le Saint se rendit en ce lieu et s'y livra d'abord à la prière. Mais l'ennemi de tout bien, celui qui avait séduit nos premiers pères par l'organe du serpent et les avait entraînés dans la prévarication, se glissant de nouveau dans le corps des reptiles et leur soufflant sa rage, les excitaient en toute manière contre l'Homme de Dieu pour l'effrayer et lui faire abandonner son dessein.
Mais lui, reconnaissant bientôt à quel ennemi il était en butte, se munit du secours de la prière et vit s'évanouir tous les pièges qui lui étaient tendus. L'autorisation de l'évêque obtenue, il éleva promptement un oratoire en l'honneur de la bienheureuse vierge Marie, et aidé des libéralités de ses parents et de ses proches, il eut bientôt réuni les ressources nécessaires pour doter un petit monastère qu'il soumit à la règle instituée par les saints Pères. (…)
8. Saint Philippe, 21e évêque de Vienne, ayant à pourvoir à cette charge de reclus devenue vacante, jeta promptement les yeux sur Theudère, se réjouissant beaucoup de trouver dans son diocèse un personnage d'autant plus apte à cette fonction, qu'il était déjà père d'une nombreuse famille monacale. L'homme de Dieu, sitôt qu'il eut appris à quel dessein il était mandé par son évêque, se hâta de pourvoir à la direction de son monastère, en remettant son autorité à son prévôt Severianus ; puis, faisant à ses frères les adieux les plus touchants et les plus tendres recommandations, et, s'abandonnant lui-même tout entier aux soins de la Providence, il s'empressa de se rendre à la ville métropolitaine. Le vénérable évêque convoqua, pour l'accueillir, le clergé et les fidèles, et, proposant le bienheureux à la vénération publique, il exhorta vivement ses ouailles à mettre en lui leur confiance, se faisant garant des fruits de salut qui en reviendraient à tous, et se promettant à lui-même de solides consolations pour le jour des rétributions éternelles.
L'homme de Dieu se fixa sur le mont Quirinal, auprès de la basilique de Saint-Laurent, martyr, qu'il adopta pour ses saints exercices du jour et de la nuit. (…)
9. Aucune langue ne pourrait exprimer jusqu'où furent portés l'abnégation, l'humilité, l'esprit de détachement dont ce saint homme se montra pénétré. Vous l'eussiez vu toujours plongé dans l'oraison, toujours baigné dans ses larmes, toujours respirant cette paix incomparable qui est le fruit d'une tendre confiance en Dieu.
Il est à peine croyable combien modique était la nourriture dont il savait se contenter, et jusqu'à quel point il se plaisait à pratiquer la pauvreté de l'Évangile. Ce saint reclus ne prenait un peu de repos que sur un rude silice, et souvent ses jours comme ses nuits s'écoulaient dans une abstinence complète. Comme le bruit de sa sainteté lui attirait de nombreuses visites, il avait soin, retiré dans le secret de sa cellule, d'en ouvrir une petite fenêtre pour donner à ceux qui le faisaient confident de leurs peines, les avis les plus salutaires. Il avait reçu de la libéralité de Jésus-Christ une prudence si rare, un don de discernement si exquis et une si onctueuse parole, que les pieuses exhortations qu'il adressait à chacun étaient toujours en rapport avec leurs besoins et leurs dispositions particulières. Qui fut atteint du venin homicide de l'esprit du mal, et ne retrouva auprès de lui un baume aussi prompt qu'efficace pour sa blessure ? Qui se sentit accablé du fardeau de ses péchés et ne reprit, avec la confiance en la miséricorde divine, cette sérénité de l'âme et ce courage qui sont indispensables à l'œuvre de la sanctification ? On ne saurait dire combien de cœurs abattus il releva vers les célestes espérances, et à combien d'âmes brisées par les revers et les cruelles déceptions de la vie, il sut rendre la paix des enfants de Dieu. Et tout cela, parce que le bienheureux savait, comme le grand Apôtre, « se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. » (…) Beaucoup d'âmes tourmentées par les mauvais esprits, ou affligées d'infirmités diverses, obtenaient leur délivrance par le crédit du Saint auprès de Dieu.
10. Le saint homme passa 12 ans dans la retraite choisie et qui lui devenait de plus en plus chère. Car il n'avait cessé de s'y immoler à Dieu avec une ardeur toujours croissante, s'offrant au Seigneur comme une victime qu'une complète abnégation d'esprit et de cœur rendait de jour en jour plus digne du ciel. (…) Sentant que le cours de son pèlerinage s'abrège, il élève son âme vers le Seigneur avec une ferveur plus grande encore, et plus persévérant dans la contemplation à mesure qu'il se sent plus rapproché du seuil de l'éternelle béatitude, il ne se résigne plus qu'à regret à tourner son attention vers autre chose que vers le séjour des élus. Il voyait dans les saintes demeures, par l'impatience de ses désirs, et le Dieu qu'il aimait si ardemment, et les phalanges des Esprits bienheureux, et les glorieux trophées des apôtres, et l'auréole éclatante des Martyrs ; son âme en était inondée d'une joie inénarrable. Et aucune harmonie, aucune saveur d'ici-bas n'eût été capable de le distraire de la pensée de Jésus-Christ.
L'homme de Dieu se consumait en ces douces et laborieuses extases, lorsqu'il se sentit atteint des dernières langueurs ; la mesure de ses œuvres était pleine et débordante, son âme prit son vol vers les célestes régions.
O homme mille fois heureux, là voilà enfin cette cité sainte après laquelle vous avez tant soupiré! La voilà, après de si constants labeurs, cette société des élus vers laquelle tendirent vos incessantes aspirations ! Jouissez enfin, dans celui qui posséda tout votre cœur, de ce bonheur incomparable qu'aucune vicissitude ne saurait altérer ! (…)
11. La nouvelle de la mort du vénérable cénobite n'eut pas plus tôt été répandue dans la ville, qu'elle y causa une sensation profonde, et un concours considérable, où se confondaient les prêtres et les fidèles, se produisit auprès des saintes dépouilles. Les devoirs que la piété inspire en pareilles circonstances ayant été rendus au saint corps, on le dépose dans le cercueil ; puis, les prêtres s'avancent pour le charger sur leurs épaules et le conduire à sa dernière demeure. Mais, ô prodige ! Ils ne parviennent pas à le soulever de terre. L'étonnement gagne toute l'assistance. On se regarde, on s'interroge et l'on ne sait à quel parti s'arrêter. Mais bientôt le pieux pontife qui préside la cérémonie annonce que le Saint, quel que soit le désir de chacun de le conserver dans la ville, sera reporté à son monastère, et aussitôt, nouveau prodige ! Le cercueil devient si léger, qu'à peine en sent-on le poids. On arrive à l'église de saint Romain, martyr, au faubourg de la ville, appelé Brenniac, et l'on s'y arrête pour consacrer ce qui reste de la nuit à la prière et au repos. (...)
12. La supérieure du monastère d'en haut avait envoyé trois vases pleins de vin, afin que ceux qui portaient ou qui suivaient le saint corps pussent se rafraîchir, et que ceux qui passaient la nuit ne fussent pas privés de la réfection accoutumée. (On but jusqu'à ce que les outres fussent vides.) (...) Mais que ne peut la puissance divine lorsqu'elle veut honorer ses serviteurs ? Comme on se disposait dès le matin à reprendre les vases des bonnes servantes de Dieu pour les rentrer dans le monastère, on les trouva pleins et tels qu'ils avaient été apportées. Et non seulement cette nouvelle boisson, qui rappelait le miracle de Cana en Galilée, suffit aux besoins de chacun, mais elle se trouva surabondante, de sorte qu'on put en reporter au monastère et rendre toute la communauté témoin de l'opération divine.
13. (On se remet en route, les notables se succédant sous le saint fardeau avec une pieuse émulation.et bientôt on atteint le village de Diemoz. La localité de Dième fut le théâtre d'un nouveau miracle.) Un aveugle de naissance, qui a appris l'arrivée prochaine du Saint, l'attend avec confiance, durant l'espace de trois jours ; sitôt qu'il peut satisfaire son désir il touche le voile qui couvrait le cercueil ; incontinent ses yeux répandent d'abord du sang, puis ils s'ouvrent pour la première fois à la clarté du jour. (Un autre miracle se produit au lieu même de la sépulture, sitôt que le cortège y est arrivé. Des personnes animées d'un grand sentiment de confiance apportent sur les lieux un homme tellement perclus de ses jambes, que la plante des pieds adhérait à la base du corps. Le crédit du bienheureux auprès du Tout-Puissant se manifesta aussitôt, car cet infirme put se lever et jouir de la pleine liberté de ses membres.) Et pour que la véracité de ces deux miracles ne fut pas révoquée en doute, ces deux hommes, l'aveugle et le perclus se fixèrent, pour le reste de leur jour, auprès du saint tombeau, louant Dieu et redisant hautement les merveilles dont ils avaient été l'objet. (…)
14. (On procède à la cérémonie de la sépulture, mais avant qu'on l'ait achevée,) les ténèbres de la nuit couvrent la terre de leurs voiles, et l'on s'aperçoit que pour les dissiper la cire va être insuffisante. Les moines attristés ne savent comment suppléer à ce déficit, mais celui qui est tout miséricorde a pitié de leur détresse : la cire se multiplie si bien dans les mains de ceux qui la portent, comme se multiplia autrefois sur la montagne le pain que le Sauveur avait béni, qu'on put allumer un grand nombre de torches, et achever la cérémonie funèbre, au milieu d'une merveilleuse illumination.
Le saint fut donc déposé avec toute la vénération possible dans le tombeau qu'il s'était lui-même préparé autrefois, et là, il témoigne chaque jour de son union avec le Tout-Puissant par les faveurs sans nombre qu'il obtient à ceux qui l'invoquent avec esprit de foi. (…) Si donc vous aspirez à sa puissante protection, mes fils et mes frères, efforcez-vous d'imiter une âme qui ne respira que la divine charité. Cet homme de Dieu n'ambitionnait que de faire de vous des saints, afin de vous avoir pour couronne dans le ciel. Vivez de sa vie, que son esprit revive en vous, et sa tendre affection ne vous fera point défaut. Que le Seigneur qui l'a gratuitement comblé de grâce et de gloire, multiplie en vos âmes les saints désirs ; et qu'il vous fasse atteindre à cette obéissance parfaite et à cette plénitude de la justice, dont l'éternelle félicité est le digne couronnement. Amen. »