Conclusion: le regard du spectateur
L'abondance des peintures de la chapelle peut déconcerter d'abord, mais quasiment tous les visiteurs ont la même attitude : en franchissant la porte, ils lèvent la tête, dans un mouvement si uniforme qu'il semble déterminé par la peinture elle-même. Les couleurs de la chapelle s'éclaircissent au fur et à mesure qu'on s'élève, depuis les couleurs sombres des panneaux inférieurs imitant le marbre, jusqu'à la dominante du bleu clair et du blanc de la voûte, si lumineuse qu'elle aspire le regard : "Je suis la lumière du monde" dit le Christ (Jean IX,5) .
Si on baisse la tête, le regard tombe sur l'autel, le lieu du sacrifice, de l'Eucharistie, puis on voit la fenêtre, le levant, symbole de renaissance et de résurrection, puis le Christ en majesté de l'Absidiole, puis l'Agneau, puis la Vierge-Eglise, le Christ encore, encore l'Agneau, et la Jérusalem céleste : en regardant simplement devant lui, le spectateur est pris dans un axe, qui l'oblige encore à lever la tête, et le conduit tout droit à la Jérusalem céleste et cette succession des peintures semble aussi une illustration de l'évangile de Jean (VI 54) : "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour."
De même, en raison des divers niveaux des ouvertures, celui de la porte de la chapelle, assez basse, puis de l'arcade de la tribune un peu plus haute ou de la haute fenêtre du mur nord, pour arriver à l'arc triomphal plus élevé, , le regard circulaire suit une spirale ascendante qui le ramène à la voûte, comme s'il n'y avait qu'une seule direction où aller, celle du Christ vivant ("ego sum"), disant dans l'évangile de Jean (XIV 6) : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie".
Les dimensions exiguës de la chapelle en font un espace clos, le sein maternel de l'Eglise, mais cet espace intime est ouvert sur l'invisible, sur l'infini dont le spectateur est invité à goûter la paix.
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