Le bâtiment
Figure 11 : la façade |
L'extérieur
Figure 12 : Portail gothique |
En l'absence de documents explicites et en présence des divergences entre spécialistes, la datation de l'édifice actuel est problématique. M. Guy Barruol, directeur de recherches au CNRS, après un examen archéologique approfondi, propose, pour l'achèvement de l'édifice, le deuxième quart ou le milieu du XII° siècle.
L'église n'est pas exactement orientée à l'est, mais approximativement au sud-est, la colline gênant une disposition plus strictement conforme à la tradition. Pour la commodité des descriptions, on a coutume de ne pas tenir compte de cette légère variation de l'orientation.
Pour avoir une idée de l'église telle qu'elle se présentait au XII° siècle, il faut enlever le portail qui est un placage du XV siècle, en gothique flamboyant, il faut rabaisser le toit qui a été surélevé après l'incendie de 1705 à la suite d'un incendie, et imaginer à partir des deux contreforts, à la hauteur des gargouilles, un porche au-dessus de l'entrée.
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Figure 13 : Détails du portail |
Huit têtes sculptées en relief ornent la façade : il s'agit probablement, pour la plupart, d'un réemploi sur la façade romane de pierres appartenant à l'église antérieure ; ces pierres ont été distribuées sur la façade un peu au hasard, sans grand souci d'ordre, sauf la tête qui orne le claveau central de la fenêtre centrale, un Christ roman, de facture nettement différente. Que signifient ces têtes ? Elles sont fréquentes, au Moyen Age, sur les façades des églises, et apparaissent comme des gardiens (effrayants) du lieu sacré, s'inscrivant dans la longue tradition, venue de l'antiquité, des représentations apotropaïques (du grec, détourner : qui détourne les influences maléfiques).
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Figure 14 : Têtes de la façade ; au centre, Christ Roman. |
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Figure 15 : Entrelacs |
On remarque aussi en façade, sous les fenêtres des collatéraux, deux pierres blanches ornées d'entrelacs celtes.
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Figure 16 : Tour de l'hôtellerie |
Il faut surtout se représenter l'église au sein d'un ensemble de bâtiments conventuels. A la place de la route (ouverte vers 1860) se trouvait le cloître roman, détruit au XVIII° siècle, qui s'appuyait contre l'église et contre le bâtiment des XVII°/XVIII° siècles, l'actuelle mairie autrefois maison du Doyen. Le dallage du cloître existe encore sous le bitume et les traces de chaux sur le mur sud nous permettent de l'imaginer avec une galerie. On dit qu'il existerait encore quelques-uns de ses chapiteaux, disséminés chez des particuliers. Derrière la sacristie, récente, on voit l'arc de l'entrée qui faisait communiquer l'église avec le cloître. A l'ouest des bâtiments de clôture, se situaient d'un côté l'hôtellerie, dont il existe encore la tour, et de l'autre l'aumônerie, puis le bourg.
Le soubassement du mur sud, en moyen appareil très régulier, refait au XIX° siècle, contraste avec le petit appareil irrégulier du bas du mur nord, vestige probable des bâtiments antérieurs, des X° ou XI° siècle. L'absence de contreforts sur ces murs prouve que la nef n'a jamais été voûtée.
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Figure 17 : Mur sud et clocher |
Le transept, peu débordant, est surmonté, à l'extrémité sud, d'un clocher sur plan barlong (rectangulaire) à fines ouvertures et présente les « trous de boulins » qui étaient destinés à recevoir les échafaudages. Le sommet du clocher couvert de tavillons, appelés ici « tavaillons », a subi plusieurs réfections à partir du XV° siècle : la maçonnerie est romane, mais la couverture a été refaite vers 1970. L'autre extrémité du transept, au nord, symétrique, semble avoir été prévue pour recevoir une seconde tour, conformément aux plans carolingiens. Le chevet, à part la grande abside centrale, offre un mur plat derrière les absidioles du transept.
On remarque à l'entrée de l'église, sur une pierre du porche, à droite, l'inscription « Theudère ». Les portes en bois sont un beau travail du XVIII° siècle (1720), réalisé par des artisans de Torchefelon.
La nef
C'est une église romane, robuste, massive, aux murs très épais (1 m 50), aux amples proportions (44 m 30 de long sur 28 m au niveau du transept). Elle est bâtie sur un plan de croix latine, avec une nef centrale de sept travées, deux bas-côtés et un transept peu débordant. Les corbeaux, au-dessus des arcades en plein cintre, témoignent de la surélévation de la charpente au XV° siècle.
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Figure 18 : La nef et le choeur |
Figure 19 : La nef, côté ouest |
La nef est caractérisée par son austérité : elle est dépourvue de toute décoration. Les piliers octogonaux avec bases et chapiteaux de faible modénature (profil des moulures) sont caractéristiques du XV° siècle : il s'agit cependant des piles d'origine et on ignore si leur plan était déjà octogonal, ou bien si les arêtes ont été rabattues à partir d'un plan carré.
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Figure 20 : Crucifixion |
La nef est éclairée, à l'ouest, par une grande baie cintrée du XI° ou XII° siècle, surmontée d'une rose du XV° siècle. Les bas-côtés sont éclairés par une série de sept fenêtres cintrées et par une baie à l'ouest.
Du temps des chanoines, la nef était partagée en deux parties séparées par un chancel qui délimitait l'espace des laïcs de celui des clercs ; les traces d'arrachement sont visibles sur le pilier qui précède la chaire et au sol.
L'autel des paroissiens se situait dans le renfoncement du mur sud, à la place des fonts baptismaux. Au-dessus, une petite crucifixion représente le Christ sous un arc trilobé, la Vierge, saint Jean, le soleil et la lune, et deux anges ; elle est datée de 1368, et porte le nom du donateur : Jean de Saint-Denis.
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Figure 21 : Les échéa |
Figure 22 : Intérieur d'un échéa |
Juste avant le transept, les arcades des deux premières travées sont surmontées d'échéa (du verbe grec akouein (akouein) entendre, latin echea (echeia), ōrum, n. : vases d'airain disposés dans les théâtres pour amplifier le son), poteries enchâssées dans le mur pour servir de caisses de résonance ; on ne voit sur le mur que des trous groupés de deux à cinq, de la grosseur d'un poing. A chacun correspond une poterie, nettement plus grande que l'ouverture, et elles ne communiquent pas ensemble.
On trouve ces échéa dans de nombreuses églises romanes au niveau des premières marches qui montent au chœur, au-dessus donc de l'endroit où devaient se tenir les chantres. On se demande si, ici, la surélévation de la charpente, avec la modification de volume qu'elle a entraînée, n'a pas nui à leur efficacité.
Cette partie de l'église très austère est probablement la plus ancienne, puisque les soubassements des murs seraient de la fin du X°siècle.
Le transept et le choeur
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Figure 23 : Les ouvertures du choeur |
Après cette austérité, le transept et le chœur contrastent par leur souci de décoration, qui apparaît immédiatement dans les ouvertures, et particulièrement la grande fenêtre, percées au-dessus de l'arc de l'abside : cette baie cruciforme tréflée, accostée de petites ouvertures cintrées, elles-mêmes flanquées d'un oculus évoque le pignon oriental de Saint-André le Bas à Vienne, et est reproduite à Marnans, à l'exception des oculi. Les vitraux anciens représentaient déjà une crucifixion, mais avec le soleil et la lune dans les oculi à la place des anges modernes (1912) : ainsi, toute l'église est éclairée par la crucifixion et placée sous le signe du Salut.
Le transept est bien structuré, avec ses deux chapelles symétriques de chaque côté du chœur. La recherche architecturale y apparaît nettement. La croisée du transept est délimitée du côté de la nef par deux piles carrées accostées par quatre colonnes engagées ; les colonnes supportant l'arc triomphal sont surmontées d'un pilastre cannelé, flanqué de deux colonnettes ; la croisée du transept et les travées la jouxtant sont voûtées en berceaux longitudinaux et communiquent entre elles par une baie géminée.
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Figure 24 : le transept, élévation nord |
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Figure 25 : la chouette |
Tous les chapiteaux du transept ont des motifs végétaux, sauf un, orné d'une petite chouette. Cet unique chapiteau figuratif placé à l'entrée du transept sud ne peut pas être un simple motif ornemental : l'animal consacré à Athéna, la déesse grecque de la sagesse est là pour signifier que le christianisme ne prétend pas balayer la sagesse antique, mais l'intégrer, la dépasser et la parfaire et il faut rappeler ici notre dette envers les moines pour la conservation et la transmission de toute la littérature de l'antiquité. L'Eglise était d'autant plus à l'aise pour « récupérer » la sagesse païenne antique que la doctrine sur les anges l'y autorisait pleinement ; Jean Daniélou écrit dans Les Anges et leur mission : « Pour certains des anciens Pères, toute part de vérité que les peuples païens ont connue et que le christianisme d'ailleurs reconnaîtra en l'assumant, la sagesse du droit romain, les vérités philosophiques atteintes par Platon et par Aristote, tout ceci leur est venu de la Providence du Dieu unique, agissant par le ministère des anges. »
Surtout l'intégralité du transept était couverte d'un décor peint.
Les églises romanes étaient peintes, et la quasi totalité de ce décor est perdue. Les églises sont des lieux de culte qui n'ont pas cessé de fonctionner depuis huit cents ans, et les utilisateurs les adaptent au goût du jour. Dès la Renaissance, on commence à considérer les arts roman et gothique comme des arts « barbares » et on n'a pas le moindre scrupule à détruire le décor (quand on ne détruit pas le bâtiment) ou à le recouvrir. Il faut attendre le XIX° siècle pour qu'on redécouvre l'art médiéval, et que naisse la notion de patrimoine à respecter et à protéger. L'ensemble du décor peint qu'on trouve ici, particulièrement dans la chapelle haute est donc un témoignage capital car il nous permet d'imaginer les autres églises romanes et d'essayer de comprendre comment fonctionne l'art sacré au moyen âge.
L'abbatiale conserve trois ensembles de peintures : l'absidiole de la chapelle Saint-Theudère, dans le transept sud, la chapelle Saint-Clément, au transept nord, avec la voûte et ses retombées, et la chapelle haute, qu'on appelle également chapelle des anges, des archanges ou chapelle Saint-Michel. Ces trois ensembles constituent un témoignage tout à fait exceptionnel.
La crypte
Il y avait une crypte, soutenue par quatorze piliers, pour abriter les reliques, probablement à deux entrées pour faciliter la circulation des pèlerins. On le sait par un texte du début du XVIII° siècle qui signale l'humidité et la dégradation de « Notre-Dame des Grottes ». Cette crypte a été si bien comblée qu'on ne la retrouve pas. Des sondages récents, signalés par de petites croix jaunes sur le sol datant de 1990, ont montré qu'il n'y avait rien sous le chœur ; dans la nef, au niveau de la sacristie, il semblerait qu'il y ait un sol moins dense ; mais le budget a été épuisé avant que les recherches ne donnent des certitudes. La seule, c'est que la crypte existe.
Les reliques
Les reliques de saint Clément, qui est un martyr du I° siècle, n'ont été reçues à la collégiale qu'en 1715. Les « chefs » des saints qui ont fait la prospérité du monastère ont disparu. Lors des travaux de 1840, en déblayant le chevet, l'architecte a trouvé, derrière la première chapelle côté nord, les restes d'une autre chapelle, probablement la chapelle Saint-Martin, avec un autel sur lequel reposaient « trois têtes bien conservées et garnies intérieurement de coton ». Il les a encastrées dans un mur de l'église, et aurait légué un plan de sa cachette à ses héritiers, qui ne l'ont pas révélée.
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Figure 26 : le reliquaire de Saint Clément |














